Mercredi 11 janvier 2012
3
11
/01
/Jan
/2012
17:35
"Ne nous y trompons pas: si nous ratoons ce rendez-vous de la responsabilité et du
courage, les conséquences économiques et sociales pourraient être comparables à celles d'une guerre". A qui doit-on attribuer cette phrase, pleine de nuance et de bon-sens? A
propos de quoi?... Réponse: Bernard Accoyer, le président de l'Assemblée nationale (à ce titre, 4ème personnage de
l'Etat), évoquant, dans ses voeux pour 2012, les conséquences de l'application du programme de François Hollande si le candidat socialiste l'emportait en mai prochain.
Outre le fait que cette déclaration, tout aussi intelligente que certaines envolées lyriques des Morano et compagnie, n'apporte rien
au débat d'idées et à la confrontation démocratique que les Français attendent de leurs responsables politiques, un tel propos illustre à merveille l'état dans lequel se trouve l'actuelle
majorité. Il ne se passe désormais pas un jour sans qu'un responsable UMP (ministre, secrétaire d'Etat dont on ignorait qu'il appartenait au gouvernement, député) n'ajoute un bon mot qui fera le
buzz et l'ouverture des JT au concert des stupidités que la classe politique nous joue ces derniers temps. Ceux-là mêmes qui dénonçent un débat "au ras
des pâquerettes", appelant le camp d'en face à faire preuve de responsabilité et de clarté, contribuent au pourrissement d'un débat qui viendrait à dégoûter les citoyens les plus
politisés... Ceux qui, comme moi, parviennent à faire abstraction des imbécilités politiciennes pour comprendre les projets gouvernementaux et tenter d'apercevoir les
contre-propositions de l'opposition. Or, qu'ils soient de droite ou de gauche, les responsables politiques engagés dans la présidentielle ne brillent pas par leur audace ! S'il faut s'abaisser au niveau des aboyeurs de l'UMP, qui préfèrent décrocher le "twitt de la semaine" plutôt que parler des sujets qui intéressent les citoyens
(électeurs), pour faire de la politique, alors je rends ma carte !
Depuis quelques semaines, alors que la primaire socialiste avait donné une belle occasion de parler des dossiers habituellement
passés sous silence, le débat politique, relayé par des médias qui s'en délectent et qui contribuent à ce qu'il se poursuive ainsi, n'apporte rien. Alors que le candidat PS (et ses communicants
qui ne communiquent pas entre eux) avance des propositions concrètes sur des sujets intéressants (dernière en date: la réforme du quotient familial), en attendant que le projet global ne soit
dévoilé à la fin de mois, les francs-tireurs de l'UMP répliquent. La méthode est à la fois efficace et débilisante. Efficace parce que François Hollande montre ses faiblesses, notamment
l'imprécision de certaines de ses idées. Débilisante car les répliques de la droite n'évoquent jamais le fond du sujet, privant les Français d'un vrai débat. Et ce n'est pas la réaction du
président Sarkozy qui arrange les choses: "Je veux le dire ici, en tant que chef de l'Etat, supprimer le quotient familial reviendrait à détruire notre politique
familiale. Et cela, je ne le veux pas. Je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour l'empêcher !" a-t-il expliqué, en substance. Il nous fait donc le coup du président protecteur, le
chef de l'Etat sortant qui, par son expérience et ses formidables compétences, connaît mieux que quiconque l'intérêt supérieur de la Nation !
Non seulement, Nicolas Sarkozy n'apporte aucun argument mais, pire, il fait campagne avec nos
impôts, se permettant de réagir à chaque proposition de son adversaire pendant ses déplacements présidentiels. Il va lui falloir choisir: soit le locataire de l'Elysée attend la dernière minute pour être candidat et, dans ce cas, il ne participe pas au
débat lancé par les autres postulants à la présidentielle; soit il s'implique dans ce débat et, dans ce cas, il est un candidat qui porte la contradiction à ses challengers. Il ne peut être le
deux en même temps ! Enfin, alors que sa stratégie de campagne consistera à expliquer aux Français que, sans lui, le pays s'écroulerait, le président met en place son équipe: ses fidèles (parmi
lesquels ces ministres qui sillonnent plus les plateaux télé que les provinces de France) ont pour consigne de réagir à la moindre proposition venue d'en-face. Objectif: ne pas laisser le PS
occuper le terrain (alors qu'Hollande parvient à dicter les thèmes de campagne). Les porte-parole du candidat socialiste peinent, en ce moment, à prendre l'avantage. On voit davantage de
cafouillages que de cohérence. Pour gagner la bataille, les lieutenants d'Hollande devront sortir les griffes, répliquer sans s'enfermer dans des
polémiques sans fin (et sans intérêt). Faute de quoi, la déception risque d'être grande dans quatre mois.
Quoi qu'il en soit, nous entrons (malheureusement) dans une campagne de communication: chaque candidat va chercher à se vendre, avec
un programme assez vague pour ne rien promettre de précis (car les finances publiques ne le permettent pas). Chacun mettra ses points forts en avant
(l'expérience pour celui-ci, le fait d'avoir identifié les causes du mal français pour celui-là, l'envie de changement pour un autre...). Les Français éliront le moins mauvais. Et
ce sera reparti pour 5 ans... sans véritable débat d'idées?
Réagir et débattre